Éducation commune et valeurs universelles

Le point de vue de Saoud el Mawla

Dialogue islamo-chrétien:

Aujourd’hui, en ce XXI’ siècle, le monde est marqué par la globalisation et affronté à la multiplicité des modèles proposés au public par les cultures, les médias et même les manuels scolaires. Dans le même temps, on assiste à l’échelle mondiale à une grande mutation économique et à un développement sans précédent de la technologie.

L’élément qui semble être à la fois la première cause et la première conséquence de ce fait est le développement sans précédent des moyens de communication.

Un deuxième élément de cette mutation radicale est la puissante avancée des sciences de la vie. Surgissent ainsi des problèmes de conscience inconnus des ères précédentes. Les hommes sont donc, aujourd’hui, en mesure d’agir sur les lois du vivant, alors même qu’ils sont incapables de fixer d’un commun accord les règles de cette liberté nouvelle qui supposerait au préalable une conception commune minimale de l’être humain.

Les découvertes scientifiques et techniques ont contribué indubitablement à améliorer le niveau de vie dans son ensemble. La libre circulation des biens, des personnes et des savoirs, techniques ou autres, a fait du monde un immense lieu d’échanges. Échanges culturels, entraide au plan technique, médical ou alimentaire, échanges commerciaux multiples. Nous sommes entrés dans l’ère de la communication mondiale et du libéralisme économique.

Le risque – voire la conséquence – de cette multiplication des échanges est la domination de l’économie dans ce monde globalisé. Il y a en effet une logique de la rentabilité des échanges, une autonomie des mécanismes commerciaux et financiers, qui laissent sur le côté de la route de larges secteurs de la population mondiale.

Nous assistons à une montée globale du niveau de vie, mais toute l’humanité n’en profite pas de la même façon. L’expansion impressionnante des techniques de production et des biens de consommation n’agit pas toujours pour une amélioration de la qualité de la vie.

Dans le même temps, le fossé entre riches et pauvres continue à se creuser. Il peut s’expliquer par l’essor des multinationales, la mondialisation de l’économie et les rapports Nord-Sud et Est-Ouest en continuel déséquilibre. Mais il est clair que pour de nombreux pays, le problème n’est pas tant de bien communiquer, de faire de la recherche génétique ou de gérer un mal-être, que de ne pas mourir de faim, de soif ou de froid. Le colonialisme a laissé la place à une mainmise politico-économique des pays riches sur les pays pauvres, mainmise permettant aux riches de continuer à accroître leur pouvoir,

De la civilisation industrielle à l’ère du multimédias, les sociétés humaines ont profité dans leur ensemble, mais de manière très inégale, des fruits de la croissance économique. Il n’y a aujourd’hui aucun point commun entre la vie de nos arrière-grands-parents et la nôtre. La réussite sociale demeure un objectif premier dans l’existence de tous, objectif supposant néanmoins un minimum d’acquis sociaux et, en premier lieu, celui de l’instruction. Si, pour beaucoup d’enfants et de jeunes, ce droit est pleinement reconnu et ne pose plus aucun problème, ce sont encore des centaines de millions d’êtres humains qui restent analphabètes.

Autre caractéristique de notre époque, une crise fondamentale du religieux, en monde tant chrétien que musulman. La recherche d’une foi apportant des réponses claires et précises aux problèmes d’aujourd’hui amène les individus à s’investir dans de nouvelles formes de religiosité et à aspirer à une instrumentalisation de celle-ci. Nous pouvons ainsi percevoir en monde musulman le surgissement de groupes religieux extrémistes prônant une identité combattante, dans  une perspective politique.

Dans les sociétés occidentales d’origine chrétienne, beaucoup aspirent à une religion garantissant des valeurs, et nous y assistons depuis quelque temps à une montée en force des tendances fondamentalistes et néo conservatives.

Ces dernières années ont été marquées par une réelle accélération de phénomènes politiques récurrents depuis le début du XXe siècle. A la période de la décolonisation et de la guerre froide a succédé une ère où la non-résolution de très vives tensions, comme le conflit au Proche-Orient, amène bien des peuples à s’enfermer dans une spirale de la violence, sans autre issue que de faire grandir haine et refus de l’autre. Le sentiment de haine de nombreuses populations vis- ­à-vis des Etats-Unis en est une illustration parmi d’autres. Une telle évolution n’est pas sans conséquence sur la vie des sociétés. Elle peut être, en effet, source de solidarités ou d’antagonismes entre communautés.

Dans un tel contexte, l’image de l’autre est souvent déformée par la partialité, les préjugés et les clichés. Il en résulte les réactions que l’on sait: exclusion, agressivité, révolte, violence, condescendance … Aussi, dans un monde où, pour certains, la globalisation apparaît comme une menace, nous risquons de voir apparaître des réactions d’incompréhensions mutuelles. C’est pourquoi nous devons concentrer nos efforts sur le dialogue et l’éducation.

Dialogue et Education

Lintérêt porté au dialogue a grandi  durant les années passées ; on est aujourd’hui plus convaincu de sa nécessité et de son rôle pour édifier une entente constructive et durable, et pour préparer un terrain propice à la formulation d’un pacte social qui organise la vie commune dans les sociétés et entre les nations. Le dialogue islamo-chrétien est devenu non seulement une nécessité humaine, mais aussi un principe fondamental pour la vitalité et l’universalité de l’islam et du christianisme. Et, dans ce dialogue, il y a sans doute deux étapes nécessaires:

1- La connaissance de l’autre

Elle est la base de toute tolérance. Elle permet de dépasser les préjugés et d’éviter les amalgames. Dans un monde où l’information va très vite, elle apparaît nécessaire pour comprendre les événements qui animent le monde … Elle commence par une  connaissance intellectuelle qui nécessite déjà souvent de dépasser la vision commune donnée par la société. Mais elle nécessite aussi une connaissance plus personnelle qui passe inévitablement par la rencontre et l’écoute bienveillante de l’autre.

2-La reconnaissance et le respect de l’autre

Reconnaître l’autre comme il/elle est et non pas comme on veut qu’il/elle soit. Reconnaître qu’ensemble, par le partage de nos expériences, on peut approfondir nos convictions respectives. Cette reconnaissance nous conduit à un respect mutuel. Si l’on veut aujourd’hui réellement affronter la condition actuelle de l’humanité , ainsi que les retombées du nouvel ordre mondial, que ce soit au plan de la culture et des valeurs, ou au plan politique et économique, il faut absolument que les croyants de l’islam et du christianisme, ainsi que tous les hommes et femmes de bonne volonté, se rencontrent dans le dialogue et le respect mutuel.

Cela requiert de donner au dialogue et à son contenu une théorie et un appareil juridico-méthodologique qui s’appuie sur la foi et la tradition, et qui se traduise dans le domaine de la pensée et de l’action par une éducation propice et adéquate.

Le meilleur pas à franchir ici consiste dans l’élaboration d’un projet d’action commune dans le domaine de l’éducation basé sur la connaissance et la reconnaissance de l’autre, le respect mutuel et la solidarité …

L’Orient Littéraire du jeudi 7 avril 2011

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