Extraits de la lettre du conseil des Patriarches catholiques d’Orient de Noël 1994

  “Ensemble devant Dieu pour le bien de la personne et de la société”

 

  • n. 7  -   …. Nous espérons que cette lettre sera

-  un sujet de réflexion dans nos diocèses, entre les communautés religieuses et les fidèles

- et un sujet d’échanges entre eux et leurs concitoyens musulmans, pour parvenir à une vision commune.

 ·   n. 14… (la coexistence entre musulmans et chrétiens dans le monde arabe est) une expérience dont il faut conserver la vitalité,  qu’il faut purifier,  approfondir et consolider dans notre être culturel, afin de la renouveler et de l’adapter aux circonstances nouvelles et qui ne cessent de changer. La coexistence est sans doute l’une des questions les plus importantes pour nos pays, car d’elle dépend l’enrichissement ou la privation de la Patrie de l’énergie de tous ses enfants.

  •  n. 24Affranchissement de l’ignorance et des préjugés

 Le proverbe dit: “l’homme est ennemi de ce qu’il ignore”. Ceci s’applique en une large mesure à la coexistence entre musulmans et chrétiens. Souvent chacune des deux parties ignore l’autre tel qu’il est, quels sont ses sentiments et ses désirs.

C’est pourquoi chacun se fait de l’autre une image à partir de ses propres craintes, de ses suspicions et du besoin de se défendre. L’image ainsi tracée est chargée d’agressivité, au lieu de présenter un partenaire avec lequel on peut construire ensemble.

 C’est pourquoi nous disons au chrétien

“Libère-toi des illusions et de l’ignorance et efforce-toi de comprendre ce qu’est l’islam et qui est le musulman. Ne t’arrête pas à des clichés colportés ou à des informations superficielles qui déforment la vérité. Cherche ce qui est positif et qui peut aider la collaboration.

 Au musulman, nous disons de même :

“Efforce-toi de connaître ce qu’est le christianisme et qui est le chrétien.

Ne te contente pas d’idées superficielles et déformantes; essaie de voir la réalité vécue au jour le jour, afin de connaître ce qui se passe et de prévenir les heurts et répandre la tranquillité dans toute la société.

 Et, au chrétien et au musulman ensemble, nous disons :

Aucun de vous ne constitue une menace pour l’autre dans son existence  ou un obstacle pour sa croissance. Au contraire, l’autre est le frère, l’ami, le voisin et le partenaire :

par sa richesse, tu t’enrichis et à mesure qu’il croîtra, tu pourras croître.

Tout cela requiert un dialogue permanent et une rencontre personnelle, directe et fraternelle, qui permette aux deux parties de se reconnaître l’une l’autre, loin des catégories toutes faites et des idées préconçues.

Notre culture arabe est une culture du “visage”. Le visage ne peut être vu que dans la rencontre amicale, le vrai dialogue et la conversation directe.

C’est alors seulement que tomberont les barrières psychologiques et sociales qui empêchent la connaissance et la reconnaissance de l’autre. Il faut que chacun connaisse l’autre tel qu’il est, tel qu’il se comprend lui-même et tel qu’il désire être compris.

  •  n. 25  Pluralité et diversité

* « Pour pouvoir vivre ensemble, il faut se connaître, se reconnaître et accepter l’autre tel qu’il est, dans sa différence. Un grand nombre de problèmes viennent du refus que nous opposons à celui qui est différent de nous, parce que nous le regardons comme un danger ou une menace pour nous, ou même une négation de notre existence. Voilà ce qui fait de la diversité et du pluralisme, dans la religion ou dans le style de la vie, une source de dispute et d’hostilité, au lieu d’être une source d’enrichissement mutuel pour les personnes et les sociétés. »

 **  Le chrétien ne peut pas s’attendre à ce que le musulman ne soit pas musulman, ni le musulman à ce que le chrétien ne soit pas chrétien. Le chrétien doit respecter son frère musulman dans son islam, et le musulman doit respecter son frère chrétien dans son christianisme. Lorsque nous acceptons l’autre de cette façon, alors nous pouvons dire que la voie de la compréhension mutuelle et de l’amour est ouverte. L’amour à son tour ouvre la porte à la collaboration  et au partage. La reconnaissance et l’acceptation mutuelle ne veulent pas dire que l’on doit sacrifier quoique ce soit de son identité propre ou de ce qui nous différencie. Au contraire  cela suppose une profondeur dans la foi et une confiance en soi qui permettent de traiter avec l’autre loin de tout complexe d’infériorité et de supériorité ».

 Cette acceptation mutuelle suppose une profondeur dans sa foi et une confiance en soi qui permettent de traiter avec l’autre loin de tout complexe d’infériorité ou de supériorité.

Le croyant doit être assez fort dans sa foi, il doit avoir conscience de sa propre identité, de sorte qu’il n’ait pas peur de connaître son frère différent de lui et ne refuse pas de s’enrichir de tout ce qu’il a comme valeurs et richesse.   …..

  •  n. 26   Le discours religieux (nécessaire de le réviser afin de l’éloigner de toute polémique stérile:)

 … Nous appelons les penseurs et les théologiens chrétiens dans le monde arabe à développer une nouvelle vision qui fait justice à l’islam, mais sans fausse complaisance

Nous demandons aux institutions scientifiques chrétiennes d’introduire l’étude de l’islam dans leurs programmes académiques en collaboration avec des professeurs compétents.

Nous demandons aux institutions scientifiques musulmanes de faire le même effort en ce qui concerne l’étude du christianisme.

C’est cette étude objective et sincère qui pourra amener une connaissance mutuelle véritable…

  •  n.27  Rôle de l’éducation : la famille

 … “Qu’est-ce qui parvient aux oreilles de l’enfant, dans sa famille, au sujet de “l’autre partie” ?

quelles réactions enregistre spontanément son âme encore tendre ?

quels types de comportement observe-t-il lorsqu’il prend part aux réunions des adultes ?

  •  n. 28  L’École

            « Les élèves chrétiens et musulmans vivent côte à côte sur les bancs de l’école, gouvernementale ou privée. Ce fait permet en soi l’échange, la connaissance et la découverte mutuelle. Mais jusqu’à quel point peut-on dire que la coexistence fait partie intégrante du projet éducatif et devient réalité tangible dans les programmes scolaires ? Le patrimoine de coexistence dont nous nous glorifions reste dans le cadre des purs souhaits et des déclarations rhétoriques s’il n’est pas incarné dans une vision claire  inculquée aux élèves alors qu’ils sont encore sur les bancs de l’école, et cela dans les manuels, dans les initiatives éducatives scolaires et parascolaires, de même que dans la formation de nos enseignants et enseignantes.     

Il est superflu de dire que l’éducation religieuse joue un rôle décisif en ce domaine. C’est par elle que les concepts et les comportements religieux sont communiqués aux élèves. Les questions à propos de « l’autre » religion sont inévitablement posées, au cours de cette formation, par le programme lui-même ou par les élèves eux-mêmes. Il revient alors à l’éducateur d’orienter ses disciples dans le bon sens et de les former au respect de la vérité à laquelle ils croient  comme au respect de l’autre dans sa religion et sa foi.  Quelle formation reçoit l’élève chrétien au sujet des musulmans et de l’islam dans les classes de religion ? Et quelle formation reçoit l’élève musulman sur les chrétiens et le christianisme ?  Une collaboration menée avec prudence et sagesse par les deux parties, entre les enseignants de l’éducation religieuse, est plus que convenable, en vue d’une connaissance fraternelle mutuelle entre eux comme entre les élèves. Nul ne doit se démettre de son identité ou de son authenticité en faveur de l’autre. Ce qui est requis est le respect mutuel.  (n. 29)

 

 

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