Un choc pour la conscience de l’Égypte

Shaykh Ahmad Muhammad at-Tayyeb, 14/11/2011

Après avoir promu en juin dernier une déclaration sur le futur de l’Égypte, le Shaykh de Al-Azhar Ahmad at-Tayyeb intervient à nouveau à propos de l’actualité égyptienne, cette fois-ci en qualité de Président du “Conseil de la Famille égyptienne”, pour commenter au moyen d’un communiqué les événements du 9 octobre 2011 durant lesquels 22 coptes ont été tués ainsi que trois militaires (selon les sources officielles). Même s’il est plutôt prudent, le document est intéressant pour au moins deux aspects : tout d’abord parce qu’il exhorte à « prendre les mesures nécessaires pour renforcer ce que prescrit la Constitution à propos du principe de citoyenneté pour tous les égyptiens ». Ainsi la parité juridique entre musulmans et chrétiens est affirmée sans hésitation, par le passé restée souvent lettre morte, jusqu’à mettre en évidence une implication pratique immédiate : la nécessité de promulguer la loi qui réglemente la construction des églises, dépendant jusqu’à aujourd’hui du bon vouloir du pouvoir. Il faut ensuite remarquer l’utilisation du terme «martyrs» en référence aux personnes tuées à Maspero, expression qui atténue les réticences du texte à propos des responsabilités des incidents et sur la violence employée (on trouve seulement une critique implicite envers les médias,) parce que de fait elle reconnaît l’innocence des victimes : cela ne suffit pas pour leur rendre justice, mais c’est un point de départ pour reconstruire une unité effective entre musulmans et chrétiens égyptiens.

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 Al-Azhar al-sharîf – Maison de la famille égyptienne

 Communiqué

 Lorsque le soleil de la révolution pacifique égyptienne s’est levé sur la Place Tahrîr le 25 janvier de cette année, tous les égyptiens ressentirent avec joie qu’un nouvel esprit avait vu le jour : lors des premiers jours, les événements de la révolution constituaient en effet une incarnation de l’unité nationale au sens le plus élevé. C’est pour cela que les événements douloureux qui se sont produits hier ont eu l’effet d’un choc pour toute la conscience nationale et ont blessé les sentiments de tous les égyptiens.

Réuni en urgence sous la présidence du Grand Imam le Shaykh de al-Azhar, le Conseil de la Maison de la Famille Égyptienne, à travers les personnalités musulmanes et chrétiennes qui le composent, affirme ce qui suit :

1. L’expérience prouve que les soins superficiels et les solutions conciliatrices apportés aux épisodes de crise des décennies passées n’ont porté aucun fruit, au contraire ils ont conduit au fait que des incidents se produisent à un rythme toujours plus soutenu, fait inconnu par le passé et inacceptable. Cela implique de graves périls qui mettent en danger le pays.

2. La franchise, la liberté et la transparence qui doivent présider à la recherche des causes profondes des problèmes actuels et remonter à ses racines représentent une nécessité absolue, en particulier à la lumière des conditions actuelles de la Patrie.

3. La Maison de la Famille incite le Conseil Suprême des forces armées et le Conseil des Ministres à promulguer rapidement la loi qui régularise la construction des églises, résolvant les problèmes qui y sont liés et d’où dérivent les épisodes regrettables comme ce dernier. La Maison de la Famille exhorte à prendre les mesures nécessaires pour renforcer ce que prescrit la Constitution à propos du principe de citoyenneté pour tous les égyptiens.

4. Le conseil de la Maison de la Famille confirme son appréciation envers la magistrature égyptienne, qui peut se targuer d’une histoire séculaire de défense des droits et des libertés ainsi que de l’État de droit. Conscient du grand devoir de la magistrature égyptienne dans les circonstances délicates que la patrie traverse actuellement, il l’exhorte à donner à ces questions de la violence confessionnelle la priorité requise pour contrecarrer le phénomène, alarmant et exceptionnel pour notre Patrie après quinze siècles de cohabitation et d’unité nationale.

5. La Maison de la Famille qui apprécie le rôle important des médias contemporains confirme son soutien total à la liberté d’expression à travers ses différents instruments, tout en incitant néanmoins les médias à se montrer à la hauteur de la responsabilité nationale dans cette phase décisive de notre histoire moderne.

6. L’armée égyptienne a été et restera l’expression du principe de la citoyenneté, tous nous nous en tenons à ce principe pour conserver l’unité de notre tissu social et réaliser la Renaissance (Nahda) et le Progrès. Pour cela, la Maison de la Famille, en exprimant son estime pour la noble histoire de nos forces armées et leur rôle important dans la consolidation et la tutelle de la révolution, retient que la continuation d’un tel rôle et la défense du prestige de l’État représentent une zone rouge infranchissable, quelles que soient les circonstances.

La Maison de la Famille présente ses sincères condoléances aux familles des martyrs et ses vœux de prompt rétablissement aux blessés et elle exprime sa grande douleur et son état de choc face à ces événements douloureux, étrangers à l’Égypte et aux égyptiens.

Que Dieu protège la Terre des Kinâna [=l’Égypte] et abatte ceux qui lui veulent du mal.

10 octobre 2011

Le président du Conseil de la Famille égyptienne

Le Shaykh de al-Azhar Mr. Ahmad Muhammad at-Tayyeb

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