Mot d’ouverture du Colloque International, « Figures du Dialogue » Doyen de la Faculté des Sciences religieuses

Salim Daccache s.j.

Doyen de la Faculté des sciences religieuses

Mot d’ouverture du  Colloque International, « Figures du Dialogue », le vendredi 27 avril 2012

Après plusieurs mois de travail de préparation, nous voici réunis pour cette séance d’inauguration de notre colloque international, pour votre colloque international  « Les Figures du Dialogue,  problématique, grands pionniers et perspectives comparées ». Soyez tous, les bienvenus. Ahlan wa sahlan, ce qui signifie textuellement : vous êtes des parents et  que tout soit  aplani  devant vos pieds. Après des mois de labeur, de réflexion croisée, d’échanges et de contacts, d’hésitation et  de confrontation, d’oublis et  de solutions à l’amiable, nous voici penchés sur le vif du sujet que le comité préparatoire du  colloque a choisi : interroger les grands pionniers qui nous ont quittés pour renaître entre les bras de Dieu, les prophètes de feu du  dialogue islamo-chrétien, du  dialogue interreligieux qui ont, pour la plupart d’entre eux, marqué l’ancien siècle et le début  du  XXIe siècle. Ceux qui sont au programme et  ceux qui ne le sont pas,  un Pierre de Claverie,  un Abd el Qadir Al Jazéiri, Raymond Lulle, Habib el Chatti, voire un François d’Assise, Asin Palacios et  d’autres, cette foule d’anonymes du  quotidien de l’histoire, nous sollicitons leur bienveillance de ne pas les avoir inclus dans notre liste, mais ils y sont car leurs contributions ne peuvent tomber sous le sceau de l’oubli.

En fait, les pionniers du dialogue sont des individualités, chacune ayant son charisme, mais ils se présentent  comme un groupe uni, comme une communauté ou une amicale homogène de témoins qui  ont proclamé haut et  fort, parfois par le sang, que la passion qui les anime n’était plus l’otage de la violence, mais de la parole qui libère la distance entre les hommes et construit la maison de la paix. Nous pouvons les appeler les Anciens maîtres de l’École du  Dialogue. Ce sont des individualités qui ont fait l’effort de se convertir intérieurement afin de faire le choix de la rencontre avec l’autre et d’un dialogue paraissant comme un défi de taille, car ce ne sont pas les anges qui ont besoin de dialogue mais des êtres de chair qui ne sont pas au point de départ des êtres de dialogue.

Ils étaient conscients que le dialogue se faisait dans le contexte de crispations mutuelles, de préjugés, d’images étriquées ; Mais ce dialogue devait et il doit toujours parcourir tout un chemin pour surmonter les obstacles qui peuvent l’entraver ; les témoins nous affirment que le dialogue n’est pas la conséquence d’une stratégie préalable ou  d’un ensemble d’intérêts, mais son sens et sa dignité résident dans son déroulement et dans son inachèvement même.

Les prophètes de feu nous enseignent que le dialogue n’est pas un luxe partagé par des élites mais un chemin qui mène à prendre part ensemble aux attentes et aux souffrances de nos contemporains.

Les prophètes de feu nous disent qu’un dialogue où les interlocuteurs ne souffrent  pas et ne transpirent pas ne font pas leur catharsis et  leur purification intérieure ; il demeure loin de la cause d’instaurer le respect mutuel des convictions religieuses, la reconnaissance effective sans faille du  pluralisme et une vitalisation des valeurs du lien social le plus divers.

Les témoins passionnés nous enseignent  qu’un « avenir » partagé est possible, un avenir d’où personne n’est exclu, quelle que soit  sa culture ou  sa religion, que l’amitié  est un parcours obligé, malgré les dommages collatéraux qu’elle peut subir par des mésententes et des mécompréhensions.

Les témoins nous pressent pour libérer la religion de la manipulation politique et ne pas utiliser Dieu pour des politiques d’homme, les plus abjectes et les plus dégradantes. Avec l’idée de Dieu, c’est le combat contre la mort que toute l’humanité engage pour la vie. Ils n’ont pas oublié le débat de foi comme devoir de vérité, mais ils étaient conscients que le devoir d’identité ne pouvait exclure le devoir d’altérité.

Croyez moi  que mon intention n’est pas de devancer les riches contributions de nos conférenciers d’aujourd’hui  et  de demain, mais si j’ai dégagé ces points lumineux, c’est pour dire que parler des témoins du passé, les pionniers, c’est marquer notre devoir de reconnaissance pour leurs personnes et  pour  l’héritage laissé même s’il est critiquable, et un devoir de retenir des leçons de ce patrimoine. Le dialogue devient  maintenant une histoire, une tradition et une culture. C’est à  nous de le continuer.

Si  l’on remercie le passé, il est a fortiori utile de remercier le présent et même le plus proche, à  commencer par tous les conférenciers qui ont accepté de contribuer à  notre colloque, avec une pensée toute spéciale à  ceux qui  viennent de l’extérieur du Liban : de Rome, le Père Miguel Ayuso, président du PISAI, de Tunisie,  Monsieur Abd el Majid el  Charfi, de Suisse,  Monsieur Peter Gautchi, de France, le Père Maurice Borrmans, Monsieur  Elias Amin et  Monsieur Antoine Fleyfel, des États Unis Monsieur Brian Cox.  Comment ne pas remercier notre Recteur le professeur René Chamussy pour son encouragement et son insistance dans son discours de la Saint Joseph sur l’interreligieux comme axe stratégique de la mission de l’USJ ; je remercie de même les différents services du  rectorat comme la communication en y ajoutant les médias locaux, les finances et d’autres. Comment enfin ne pas remercier tous les membres du Comité préparatoire du  Colloque présidé par Monsieur Antoine Messara, membre du Conseil constitutionnel  libanais et coordinateur du  Master en relations islamo- chrétiennes à l’IEIC et tout le personnel du  CSH et de la FSR.

Beyrouth et  Liban ce sont plus que des espaces géographiques appréciés sur le globe terrestre, leur valeur est qu’ils sont des chemins de construction du dialogue et de l’amitié.

 

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