Dialogue islamo-chrétien de l’amitié, du service et du partage spirituel en Algérie

Conférence de Mgr Tessier

à la Faculté des sciences religieuses

Jeudi 18 octobre 2012

« A la lumière de notre histoire, musulmans et chrétiens du Maghreb, quels combats communs pour l’homme d’aujourd’hui et de demain ? »

Il serait trop complexe de répondre à cette question en distinguant les situations vécues au Maghreb, par pays, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc et Maurétanie, dont les évolutions socio-politiques, tout en étant assez semblables, ne peuvent être confondues. On me permettra, donc,  je l’espère, pour simplifier la réflexion, de prendre mes exemples concrets dans la relation islamo-chrétienne en Algérie. Toutefois les contextes des cinq pays sont très proches les uns des autres, à savoir,  des minorités chrétiennes étrangères très réduites, dans des pays où la quasi-totalité des nationaux sont musulmans. Les chrétiens étant presque tous étrangers, on ne peut parler de combat commun que sur le plan économique, social, culturel et spirituel. Au plan proprement politique la condition du  chrétien étranger l’oblige à une  grande réserve. Et pourtant, dans ce contexte, je voudrais témoigner de l’existence en Algérie, depuis cinquante ans, d’engagements significatifs islamo-chrétiens dans «  le combat commun pour l’homme d’aujourd’hui et de demain »

            Il faut d’abord bien comprendre le contexte de cette relation islamo-chrétienne. L’Eglise d’Algérie  a vu partir, en quelques mois, en 1962 , le million de fidèles qui s’étaient établis sur la rive sud de la Méditerranée à la  faveur de la colonisation française. Elle a du, comme les autres Eglises du Maghreb, en Tunisie, au Maroc, et en Libye, découvrir une autre forme de témoignage qui pourrait assurer une communication  vraie entre chrétiens et musulmans. Il s’agissait de mettre en oeuvre des collaborations « évangélique » avec les musulmans, sans réveiller les affrontements inter-religieux. Et on ne doit pas oublier le contexte de cette relation : cent trente ans de colonisation qui s’achève sur une guerre de libération qui a fait des centaines de milliers de morts.

L’Afrique du Nord romaine avait compté des centaines de diocèses, notamment aux temps de St Augustin. Mais on sait qu’avec l’arrivée de l’islam à la fin  du VII eme siècle et au début du VIII ème siècle, cette région est devenue, en cinq siècles, entièrement musulmane. En effet, à partir du XIIeme siècle, celui des Almohades, il n’est plus resté dans le Maghreb  de communautés chrétiennes autochtones. Seuls des petits groupes de captifs, de mercenaires ou de marchands ont maintenu jusqu’au XIXeme siècle des ilôts de vie chrétienne. C’est avec la conquête du pays par la France en 1830 que s’était rétablie une présence chrétienne organisée avec des émigrants ou des colons venus surtout de France, d’Italie, d’Espagne ou de Malte. En 1962, l’indépendance du pays a marqué le départ du pays de la plupart de ces chrétiens européens auxquels s’étaient joints, d’’ailleurs, pendant la période coloniale, quelques milliers de convertis algériens venant de familles musulmanes. Ils ont été remplacés, mais en nombre beaucoup plus réduit, et surtout pendant les premières années de l’indépendance, par quelques chrétiens  coopérants étrangers, de diverses nationalités,  venus assister la jeune République algérienne. Aujourd’hui, en dehors des travailleurs expatriés de toutes les nationalités, la  majorité des chrétiens sont désormais des étudiants boursiers d’Afrique sub-saharienne ou des migrants africains. Mais l’Eglise, notamment à travers ses cadres permanents, est toujours active dans la société algérienne musulmane et, pour beaucoup d’Algériens musulmans, elle demeure, je crois, un signe d’espérance évangélique. C’est le titre que j’avais donné à l’un de mes livres «  Chrétiens d’Algérie, un partage d’espérance.» 

Normalement la présence d’une Eglise, fondée à la faveur de la présence coloniale, aurait dû être réduite, dans l’Algérie indépendante, au rôle limité d’un service d’aumônerie pour des résidents étrangers, compte tenu de la dureté de la guerre de libération et, plus largement, des exactions commises par la France pendant la période de conquête du pays. Comment l’Eglise d’Algérie a-elle-pu maintenir sa présence dans la société algérienne compte tenu de ce contexte ? Comment cette présence a-telle pu  prendre la forme d’un « engagement en commun,  chrétiens et musulmans, dans les combats pour l’homme ». Comment cette présence a-t-elle pris une signification non pas uniquement pour les étrangers de passage dans le pays mais, plus largement, pour la société algérienne elle-même ?  Voilà les questions auxquelles je voudrais  proposer des éléments de réponse. Ma réflexion se limitera donc à ce qui s’est passé entre chrétiens et musulmans dans l’Algérie indépendante. Mais on n’oubliera pas que des évolutions presque semblables se sont produites dans un contexte assez proche au Maroc, en Tunisie et même en Libye ou en Mauritanie. Ces pays se trouvent en effet, aussi,  sans communauté chrétienne historiquement autochtone, et donc dans une situation proche de celle qui est la nôtre en Algérie.

Une présence chrétienne nouvelle née d’un engagement pour la défense des droits humains des Algériens musulmans

Si l’Eglise d’Algérie a pu garder une place signifiante, dans l’Algérie indépendante, elle le doit d’abord à l’engagement pour la justice, pendant la guerre de libération, d’un certain de nombre de chrétiens, dont l’archevêque d’Alger de l’époque, Mgr Duval. Grâce à l’engagement courageux de ces personnes, pendant la guerre de libération, les responsables du FLN et la population ont pu apprendre à distinguer entre la présence coloniale française et la présence de l’Eglise. Cette distinction s’est progressivement réalisée, dans l’esprit de la population, en raison des prises de position publiques de Mgr Duval et de quelques militants chrétiens assez courageux pour défendre les droits humains des algériens pendant la période de la confrontation avec l’armée coloniale. La semaine dernière l’un  de ces chrétiens, le Professeur Pierre Chaulet, a été rappelé à Dieu. Tous les journaux algériens ont présenté, avec une grande émotion, pendant plusieurs jours, sa vie et son engagement sur plusieurs pages, dont la page de garde. Cinq anciens premiers ministres musulmans et une dizaine de ministres étaient présents à l’église ou au cimetière chrétien, avec une foule d‘amis musulmans très émus. Ainsi un seul chrétien, parce qu’il a été fidèle à ses responsabilités, comme citoyen et comme médecin, a pu donner un signe de la présence de l’Eglise largement  perçue par l’opinion publique  musulmane.

 Cet européen chrétien, avait déjà contribué, aux temps de la guerre de libération, à donner un avenir à l’Eglise dans l’Algérie indépendante. En effet il avait été mandaté par le G.P.R.A, vers la fin de la guerre de la libération, pour discuter du sort de l’Eglise catholique dans l’Algérie indépendante, en février 62, à Gènes, avec un représentant de l’Eglise d’Algérie, le P. Scotto. Ce prêtre avait été accepté comme interlocuteur par les nationalistes algériens, car il était, lui-même, très proche des libéraux chrétiens d‘Algérie et bien connu des responsables algériens. Il avait d’ailleurs caché certains d’entre eux pour qu’ils échappent aux recherches de la police française. Dans une situation comme la nôtre, au Maghreb, où nous n’avons pas de droits historiques à la présence, c’est l’engagement citoyen des chrétiens, même étrangers qui leur donne qualité d’interlocuteurs respectés auprès des Algériens musulmans. Et c’est d’abord ainsi que l’Eglise acquiert « droits de cité ».

Pour donner une preuve du retentissement dans les consciences musulmanes de ces prises de position de chrétiens engagés pour la Justice, je me contenterai de présenter un extrait d’un discours prononcé par le Président Bouteflika, en Europe, lors d’un congrès sur Raymond Lull, discours dans lequel il demande publiquement la   canonisation du Cardinal  Duval. « Permettriez-vous à un Algérien, musulman comme l’ensemble de ses compatriotes, de suggérer humblement, mais solennellement, devant vous, qu’il soit demandé aux instances autorisées, la canonisation de notre ami et frère Mgr Duval. Je voudrai le faire non seulement  pour le caractère exemplaire de sa vie spirituelle et active, mais aussi  pour tout ce qu’au-delà des barrières idéologique, ethniques  raciales et religieuses, il a eu le courage d’incarner en affirmant l’unité du genre humain, devant l’adversité qui frappe les uns et les autres. »

« Inébranlable dans ses convictions, constamment aux cotés de son peuple, algérien sans compromis et sans compromission, ni avec sa foi, ni avec son  idéal de justice, de liberté et de paix , pendant la période coloniale, pendant la guerre de libération et au lendemain de l’indépendance, où il s’est fait partout le chantre des humbles et des opprimés. L’évocation du Cardinal Duval suscite en moi une profonde émotion. (Henri Teissier, chrétiens en Algérie, Desclée de Brouwer, 2002, p.124). A l’occasion des cinquante ans de l’indépendance de l’Algérie un nouvel ouvrage vient d’ailleurs d’être publié en  France, par le P. Denis Gonzales, Il y rassemble plus d’une trentaine d’hommages saisissants des plus hautes personnalités musulmanes algériennes, évoquant, ainsi, la place, dans leur mémoire et dans l’histoire de la nation, du Cardinal Duval. (Léon Etienne Duval, une grande conscience morale de son temps, Rive neuve éditions, Paris, 2012).

Pour passer de ces événements déjà anciens à un événement actuel je prendrai encore deux autres exemples. Il se situe dans le contexte des événements que l’on a appelé le « printemps arabe ». L’année dernière cette volonté de faire place à l’Eglise en Algérie, pour le bien du pays, a conduit  le Président Bouteflika à me faire inscrire dans le groupe des « personnalités nationales »  qui ont été consultées par la commission présidentielle, l’an passé, en juin 2011, pour envisager les réformes à mettre en place dans le contexte du printemps arabe. J’ai pu remettre ainsi à cette commission un texte présentant nos propositions pour le renouveau de la nation. La presse nationale a fait écho à cette rencontre. Autre exemple, plus récent encore, le mois dernier, le Ministre des Affaires Religieuses m’a fait nommer, avec quatre Hautes autorités musulmanes, dans la délégation algérienne envoyée, à Istanbul, à la consultation organisée par l’Etat turc sur le thème « Le printemps arabe et la paix, perspectives chrétiennes et musulmanes ».

Le combat commun pour l’homme à travers les services vécus ensemble

Toutefois le combat commun aux chrétiens et aux musulmans, dans notre situation ne se situe pas principalement sur le plan politique, comme avait pu le faire, à leur époque, le Cardinal Duval ou le professeur Chaulet. Ce combat pour l’homme s’appuie beaucoup plus quotidiennement sur  les services mis en œuvre ensemble par les uns et les autres, chrétiens et musulmans, en particulier grâce au dévouement des religieuses et des autre permanents d’Eglise. Ce combat est le résultat de collaborations vécues ensemble dans l’éducation, l’enseignement, la promotion féminine, la formation professionnelle, l’action culturelle, l’attention aux handicapés ou aux personnes âgées, l’assistance aux migrants, le soutien à l’emploi etc…

Il n’est pas possible d’évoquer, précisément, touts ces domaines de collaborations dans le cadre limité de cet entretien. Mais on peut retenir, à titre d’exemple, l’un de ces engagements qui a une dimension plus particulièrement émouvante, le travail au bénéfice des enfants handicapés. On sait l’importance d’un tel service pour que les parents de ces enfants découvrent qu’ils ont des capacités à développer et s’engagent, ainsi, ensemble, dans une action concertée. Les prendre en charge c’est non seulement reconnaître leur dignité d’être humain, mais leur donner une nouvelle place dans leur famille et leur quartier. Pour illustrer ce point de vue, je me contenterai d’évoquer l‘engagement de Marie-Thérèse Brau, une laïque chrétienne, née en Algérie – et qui est connue comme chrétienne -, dans le service éducatif des enfants handicapés, sur les banlieues populaires du Grand Alger.

Cette travailleuse sociale a d’ailleurs passé un temps de formation au Liban, dans les débuts de son action.  Son engagement auprès des handicapés dans un quartier populaire a été rapidement reconnu par la wilaya d’Alger qui lui a demandé prendre en charge une formation d’éducateurs spécialisés au plan national. Elle a ainsi aidé à la naissance de structures pour les handicapés dans plus d’une trentaine de wilâyates du pays. Je me permets de vous lire un  témoignage écrit par un journaliste algérien musulman qui a été l’élève, dans son tout jeune âge, de l’éducatrice dont on veut maintenant parler, alors jardinière d’enfant. Il la retrouve trente ans plus tard désormais consacrée, dans un quartier dangereux,  aux jeunes handicapés, et il publie dans un  journal algérien le témoignage suivant :

« Tout penauds d’avoir été occupés pendant si longtemps par les illusions que fabrique un système imbécile (le système politique), nous sommes allés lui rendre visite. Elle était toujours là, solide comme un  roc. Là n’était pas un quartier chic. Là c’est le territoire où le système (politique) a abandonné les hommes, les femmes et les enfants…Là fut également le territoire de la guerre (civile) ou des enfants se sont  heurtés aux murs et sont  devenus cinglés. Là elle est pourtant restée.. Solide, fidèle, toujours pleine d’humour comme nous l’avions connue, enfants, toujours pleine de cette bonté qui a illuminé tant de coeurs. Là elle est restée dans Maqqaria, Oued Ouchaia, la Glacière et Pelem. Dans ces territoires de la frustration, dans  cette plaie où une partie du pays a cru être sans pays.

Marie-Thérèse est restée et les gens lui rendent grâce …Les gens avaient si peur pour elle durant ces années imbéciles et rouges ( du terrorisme). Ils lui ont même conseillé de prendre un peu de distance, mais elle est restée dans ces quartiers. Elle y fait depuis si longtemp sa vie de femme d’exception et elle continue de le faire. Elle continue de batailler dans la douceur pour arracher quelques locaux qu’elle met au service de ces démunis parmi les démunis, les handicapés mentaux…Cette femme là c’est de l’or pur…Cette femme là fut pour nous garnement de Leveilley, et de l’Oued Ouchaia et de tant de quartiers populaires, notre premier maître. Et quand on  la rencontre encore aujourd’hui et qu’on  la trouve alerte en train de  servir les plus pauvres on se rend compote qu’elle ne cessera jamais d’être notre maître. » (Henri Teissier, Chrétiens en Algérie, Desclée de Brouwer, p. 104).

              Il n’est pas possible d’évoquer par le détail tous les types de service assurés ensemble, chrétiens et musulmans, dans la diversité des terrains d’action. Pour ne prendre qu’un autre exemple j’évoquerai ces centaines de milliers d’Algériens qui ont gardé un souvenir très fort des collaborations qu’ils ont vécu avec des chrétiens, dans les montagnes de Kabylie et dans les oasis du Sahara et parlent, ainsi, avec une grande émotion, des « Pères » et  des « Sœurs » qui les ont accueillis dans leurs écoles, dans leurs oeuvres de jeunesse ou dans leurs centres de promotion artisanale. Je veux parler du travail accompli par les « Pères blancs » ou « les Soeurs blanches » dan ces régions, à l’époque difficile d’accès. Et cette reconnaissance a résisté à la propagande contraire qui, dans certains milieux,  ne veut voir, dans ces services, que des formes déguisées de prosélytisme.

 En évoquant cet engagement en commun, voici ce qu’écrivait une jeune femme musulmane de Kabylie, aujourd’hui avocate, après l’assassinat, par les fondamentalistes, d’un jeune Père engagé à Tizi Ouzou dans la construction d’une bibliothèque  : « Désormais, avec beaucoup de kabyles je me sentirai orpheline. Pour beaucoup d’entre nous les Pères étaient une famille, un refuge, un grand soutien moral. Tous ceux qui allaient vers eux afin de se confier et de leur demander conseil, se sentent aujourd’hui très seuls, étreints par une grande douleur. Je dis ma solidarité dans la souffrance à tous ceux qui leur sont proches et avec tous leurs amis. Ils fasaient partie de ces êtres qui ne peuvent appartenir à une seule petite famille. Aux parents de notre jeune Père Christian je leur dirai « sachez que pendant ces derniers jours Christian était heureux. Il respirait la joie il avait pu mettre en route le projet qui lui tenait tellement à cœur, de construire une bibliothèque destinée à tous les jeunes filles et garçons, de Tizi Ouzou. » 

Les médiations du service vécues jusqu’au partage des valeurs

Il ne m’est pas possible d’évoquer toutes les médiations de service que nous avons eu l’occasion de mettre en oeuvre en Algérie, pour la femme, pour les migrants, pour l’emploi etc… Mais je voudrais en choisir une qui puisse me permettre de faire comprendre comment, de l’intérieur de ces services, se réalise le partage des valeurs entre chrétiens et musulmans. Le combat commun pour l’homme d’aujourd’hui et de demain c’est d’abord  surtout un combat pour le partage des valeurs.

Ce partage des valeurs nous a été bien exprimée, l’an passé, à l’occasion  de la mort d’un prêtre qui s’occupait depuis une vingtaine d’année de la bibliothèque des étudiants en médecine dépendant du Centre Culturel Universitaire (C.C.U.) des Pères jésuites à Alger, un centre qui, en quatre lieux différents, apporte un soutien à plus de 8000 étudiants de diverses spécialités (sciences exactes , médecine, lettres, droit, langues etc.. ). Avant de réfléchir sur le témoignage que je souhaite vous proposer, entrons d’abord dans le contexte de cette relation à travers une lettre écrite par l’une des collaboratrices musulmanes de ce prêtre, une jeune femme musulmane médecin. « Pierre Lafitte a vu défiler devant lui des centaines d’étudiants. Ils les a tous aidés, tous aimés. Il a su partager avec chacun d’entre eux un instant éternel. Chaque étudiant qu’a connu Pierre Lafitte garde de lui un souvenir, une chaleur qu’il a reçue malgré lui, sans s’y attendre. Son amour nous a surpris …Dès nos premiers pas en médecine il était là. Il lui suffisait de savoir quel stage de médecine nous faisions ou en quelle année de nos études nous étions pour qu’il dise « j’ai ce qu’il te faut » et il avait toujours ce qu’il nous  fallait, le livre qu’il fallait, l’article qu’il fallait…Je n’ai pas besoin de dire à quel point il était efficace dans son  travail et dévoué… Au-delà du bibliothécaire qui nous orientés, guidés, au delà de l’homme de culture,  de savoir, il y avait l’homme qui nous a aimés. Il a aimé chacun d’entre nous avec ses torts, ses maladresses mais, aussi, avec toutes ses vérités… »

Nous pouvons maintenant aborder le second témoignage qui donne tout son sens à ce qui est déjà exprimé dans le texte que l’on vient de lire. Ce second témoignage nous a été donné   par une autre jeune femme musulmane, également médecin. Je reviendrai, par la suite, sur le message qu‘il contient pour la signification du combat commun pur l’homme. 

Voici ce texte : « Pierre, je pense que seuls tes mots, et ceux des personnes qui ont été tes modèles, te traduiront au plus vrai. Les premiers mots qui résonnent le plus  dans mes oreilles et surtout dans mon cœur, c’est ta fameuse expression  « don de soi ». Tu restais fasciné devant cette forme de don si complète à l’autre que  Dieu le premier fait vis-à-vis de nous. Donc pour toi on devait le faire pour nos frères. Si je devais résumer ta vie je dirais que c’est un don de toi à l’autre. Cette réussite tu as sa base, d’ailleurs  c’est la même que celle de  Dieu : s’il se donne à nous c’est qu’il nous aime. S’il t’a donné cette capacité de don  c’est qu’il t’a donné avant tout un coeur aimant. Si je dois trouver le secret de ton être ce sera ce cœur aimant. »

J’ai habité plusieurs années à la Maison diocésaine d’Alger dont ce prêtre était le Directeur. Je peux donc témoigner que le « discours religieux chrétien » n’était pas du tout dans sa manière de faire et d’être avec les musulmans, ni d’ailleurs avec les chrétiens. Il vivait le service et l’attention aux personnes et s’investissait dans les tâches les plus humbles qu’implique la gestion d’une maison d’accueil. Si la jeune femme, dont je viens de citer le témoignage, met en relation le «  don de soi » de Pierre  avec le « don que  Dieu nous fait», je suis sûr qu’il ne s‘agit pas là d’une expression et d’une catégorie de pensée que Pierre a pu imposer dans ses échanges avec ses collaborateurs musulmans, mais bien d’une découverte personnelle par sa collaboratrice de ce qui animait ce prêtre au plus profond de lui-même. Nous sommes bien là dans le domaine de la communication des valeurs, entre chrétiens et musulmans, chacun  restant enraciné dans sa propre tradition, mais pouvant y intégrer ce qu’il perçoit chez  l’autre.

            Si cette jeune femme s’est exprimée comme elle l’a fait, cela ne peut venir que d’une découverte personnelle. Elle a observé le «  don de soi » de Pierre, à travers son dévouement quotidien au service des étudiants, et elle a compris, sans qu’il le dise, que son attitude intérieure naissait de sa foi en un «   Dieu qui se donne », et qui nous crée pour que nous vivions de ce « don », sans que Pierre n’ait eu à faire, explicitement, cette mise en relation. Voilà donc la catégorie de «  combat commun islamo-chrétien  » que je voudrais mettre en évidence. Il ne s’agit pas d’un discours théologique partagé dans des échanges académiques. Il s’agit  de vivre ensemble jusqu’au moment où cette vie partagée dévoile à l’autre des catégories de pensée et des modes d’être qu’il n’a pas nécessairement trouvées dans sa tradition, mais qui rejoignent son attente intérieure. En effet les expressions utilisées dans ce témoignage (don de soi etc…) ne font peut-être pas partie du vocabulaire de la religion vécu en Algérie. Mais la jeune femme musulmane, médecin, qui les utilise a découvert le secret de la vie spirituelle du partenaire chrétien, en le regardant vivre et elle en a fait son bien propre.

Une nouvelle conception de la mission de l’Eglise : la communion des valeurs spirituelles par la médiation des amitiés et des rencontres vraies entre les personnes.

           Dans sa récente Exhortation apostolique, adressée aux Eglises du Moyen Orient, suite au  synode des Eglises de la Région,  le pape Benoit XVI propose deux maîtres mots qui rejoignent deux réalités fondamentales de la vie des Eglises et de toutes les traditions religieuses : «  la communion et le témoignage ». Il écrit : « L’Eglise au Moyen Orient qui, depuis l’aurore de la foi chrétienne, pérégrine sur cette terre bénie, continue aujourd’hui avec courage son « témoignage », fruit d’une vie de communion avec Dieu et avec le prochain. Telle est, en effet, la conviction qui a animé l’Assemblée spéciale du Synode des évêques du Moyen-Orient…du 10 au 24 octobre 2010, sur le thème : L’Eglise catholique au Moyen-Orient, « communion  et témoignage ». (Ecclesia in Medio Oriente,1).

             Ces deux réalités spirituelles, associées par le pape dans ce document, «  la communion  et le témoignage » ont été au coeur de la mission de l’Eglise d‘Algérie depuis l’indépendance du pays. Sauf à remarquer qu’en Algérie la communion évoquée concerne d’abord et avant tout la communion entre chrétiens et musulmans, puisqu’il n’y a pas dans notre région cette pluralité des traditions chrétiennes qui existent au Moyen- Orient et qui doivent vivre entre elles la communion. Il y a  déjà une trentaine d’années un groupe de chrétiens d’Algérie vivant dans l’Est du pays, le Constantinois, avait écrit un texte qui exprime magnifiquement cette synthèse entre « communion et témoignage ». C’est bien là que se situe le coeur de notre existence comme chrétiens en dialogue avec nos partenaires musulmans d’Algérie.      « Les années écoulées depuis l’indépendance nous ont fait découvrir une autre voie par où, dans le cadre limité et modeste de nos relations, peut être signifié et mis en œuvre le Royaume de Dieu, dont nous croyons par ailleurs qu’il nous déborde, de toute part : l’amitié fraternelle. Amitié purifiée, humble, désintéressée. Non pas communion dans le sacrement ritualisé, mais pourtant signe et réalité de la  faveur de Dieu, sacrement qui  n’appartient en propre ni aux chrétiens, ni aux musulmans, mais à tous les deux, perçu par chacun selon  son mode, route parcourue ensemble, en portant les fardeaux les uns des autres, nous aidant mutuellement à comprendre, à nous transformer, à servir, à être fidèles » ( Henri Teissier, Eglise en islam, Centurion, 1984, p.124).

Ce qui vient d’être exprimé par ce groupe, rejoint une autre expression qui traduit notre vie d’Eglise en Algérie : vivre « le sacrement de la rencontre. » Nous voulons parler par là, à travers cette expression propre au vocabulaire chrétien, cette rencontre profonde entre chrétiens et musulmans qui donne aux deux parties la présence de Dieu.

Assurer la défense des droits de sa communauté, sans jamais désespérer de l’autre

Les deux communautés, chrétienne et musulmane, communiquent à travers les personnes. Mais elles représentent, aussi, deux groupes qui peuvent avoir des intérêts divergents à certains moments et se voir ainsi menacés par le groupe majoritaire. Il est bien évident qu’il faut, alors, défendre ses droits lorsqu’ils sont menacés, et obtenir ainsi le respect de l’autre. Mais il faut s‘engager dans cette défense de ses droits, sans amertume, sans ressentiments, dans le respect de celui qui est, pour un moment, un adversaire mais qui demeure, cependant, aussi, un partenaire et mieux, même, un frère. Il ne faut jamais désespérer de l’autre. Ce serait rendre l’adversité irrémédiable.

Nous avons connu en Algérie plusieurs périodes difficiles. Il ya d’abord eu celle qui a directement suivi l’indépendance quand certains groupes irresponsables ont parfois attenté à nos biens, voire à la vie des personnes. Mais nous avons surtout souffert de la période de  la crise islamiste (1992-1999), pendant laquelle les groupes armés extrémistes ont menacé toute la société algérienne et se sont attaqué à notre communauté, en assassinant un évêque et dix huit  prêtres, religieux et religieuses, soit dix pour cent de notre petit groupe dans le diocèse d’ Alger. Les Algériens musulmans eux-mêmes ont été bouleversés par cette violence contre des prêtres, des moines comme ceux de Tibhrine, et des religieuses. Ils nous ont donné des témoignages émouvants de solidarité dans cette période.

Mais je voudrais surtout prendre comme exemple des difficultés plus récentes qui nous ont opposés, depuis une dizaine d’années, à certains secteurs de l’administration  algérienne sur la question des visas d’entrée pour les nouveaux arrivants de notre communauté. Notre Eglise n’a pas de chances de renouvellement dans le pays. Il faut que nous puissions recevoir de l’extérieur de nouveaux volontaires pour assurer l’avenir de notre petit groupe. Si les visas sont refusés par les autorités algériennes aux plus jeunes qui veulent nous rejoindre et nous remplacer, c’est alors l’asphyxie de notre Eglise. Cette difficulté nous a entrainés dans de multiples démarches auprès des responsables et nous n’avons pas encore fini de nous débattre avec ce problème.

Mais cela ne veut pas dire que nous n’avons pas poursuivi, dans d’autres domaines, des collaborations précieuses avec les pouvoirs publics algériens. Par exemple dans le même temps où nous avions ces difficultés, les autorités algériennes nous ont soutenus, de façon  importante, dans nos travaux de restauration des deux basiliques de Notre Dame d’Afrique à Alger et de St Augustin à Hippone. Ce premier soutien a été déterminant car il nous a permis d’obtenir, ensuite, des engagements semblables des autorités équivalentes (Municipalité de Marseille, Région Paca du Sud de la france etc…), transformant ainsi notre restauration en une entreprise de coopération décentralisée Algérie-France. Quand des difficultés naissent dans un  secteur particulier de l’existence, il ne faut pas globaliser la tension comme s’il n’y avait plus rien à faire ensemble. Au contraire nous sortirons des difficultés en continuant à travailler dans les autres domaines de la vie où la collaboration est possible.

Dans un autre con texte celui des conversions opérées par des groupes évangéliques M. le Ministre des Affaires Religieuses a même eu le courage d’organiser, en février 2010, un colloque avec tous les responsables, chrétiens et musulmans, – y compris les responsables des convertis évangéliques, – sur le thème difficile du prosélytisme et de la liberté de conscience.

Le partage des traditions  mystiques des deux communautés

Le combat commun pour l’homme d’aujourd’hui et de demain, c’est aussi un combat pour la présence des valeurs spirituelles dans la vie des sociétés de ce temps. C’est sur le partage dans ce domaine que je voudrais apporter maintenant un denier témoignage. J’aurais pu le faire en évoquant divers engagements de l’Etat algérien, par exemple le Congrès international sur  st Augustin décidé par le Président Bouteflika en 2001 et dont la préparation a été confiée au Haut Conseil Islamique. Ainsi une structure publique musulmane était chargée de préparer une rencontre internationale sur un élément chrétien du patrimoine national, la pensée et le message de  St Augustin. Mais je préfère choisir pour terminer un autre domaine du combat commun pour l’homme celui du patrimoine  mystique des deux religions chrétienne  et musulmane.

Les deux communautés, chrétienne et musulmane, ont des traditions  diverses, au plan théologique ou dans le domaine des formes liturgiques  de prière ou d’expression de la vie religieuse. Les traditions spirituelles sont également différentes. Et pourtant c’est dans ce domaine qu’il est possible d’établir un partage plus profond, celui des expériences religieuses. On sait que les moines de Tibhirine avaient pu, sous le nom de « Ribât es-salâm »  établir un  groupe de partage spirituel avec des soufis habitant la ville proche de Médéa. Ce groupe existe toujours, bien qu’il se soit déplacé pour ses rencontres dans la ville d’Alger. A chaque rencontre les deux parties choisissent ensemble un thème spirituel (l’espérance, la prière, la patience devant Dieu etc..). Généralement ce thème est lié à une phrase de la tradition religieuse des participants des deux communautés (verset du Coran ou de l’évangile etc..)  qu’ils méditent chacun de leur côté, pendant les six mois qui les séparent de la rencontre suivante. Ils mettent ensuite en commun ce que le thème choisi leur a suggéré.

Mais beaucoup d’autres types de rencontres existent à ce plan de la vie mystique. Si l’on me permet de faire appel à mon expérience personnelle, je signalerai les rencontres qui me sont devenus possibles depuis que j’habite la ville de Tlemcen. Cette ancienne capitale de l’Ouest algérien a une tradition mystique ancienne symbolisée par la tombe de Sidi Boumedienne. Ma résidence dans cette ville depuis trois ans m’a permis aussi de rejoindre un groupe d’études de textes mystiques qui se réunit tous les vendredi après midi dans la Kheloua de Sidi Senoussi pour étudier des textes spirituels, après un temps de prière appuyé sur des textes chantés. Ce groupe a célébré en juin dernier la 900eme rencontre de ses participants.

 Par ailleurs plusieurs d’entre nous, dans diverses régions de l’Algérie, ont eu aussi l’occasion de rencontrer des membres de confréries mystiques, en particulier ceux de la tradition des ‘Alawiyines de Mostaganem. J’ai eu d’ailleurs à prier avec eux à une rencontre avec des disciples de Mawlana, en mai dernier, à Bursa en Turquie, rencontre à laquelle ils m’avaient invité. Depuis deux ans un  groupe de rencontre entre jeunes chrétiens et musulmans, – Algériens, Européen ou africains, -  est né aussi sous le nom «  d’école de  la différence ». Deux semaines de rencontre avec des temps de prière individuelle ou collective ont déjà été organisées. D’autres groupes de partage spirituel existent, en particulier à l‘initiative des Focolarini, dont tous les membres Algériens sont musulmans.  Le combat pour l’homme c’est aussi un  combat pour que les valeurs spirituelles demeurent vivantes dans l’existence des personnes et dans celle de la société.

Comment le Fr. Christophe, des moines de Tibhirine, exprimait le sens de sa relation  avec des musulmans ou avec l’islam

Chacune des traditions spirituelles chrétiennes de l’Algérie exprime, sur son mode propre, le sens de la relation  avec l’islam ou avec les musulmans. Pour terminer notre évocation du combat commun pour l’homme en Algérie, je propose de présenter quelques phrases du journal du Fr. Christophe, le plus jeune des moines de Tibhirine, qui fut victime, avec ses frères, de la violence extrêmiste, le 21 mai 1996.

Le 9 juin I988 le Fr. Christophe exprimait ainsi le sens qu’il donnait à la vie d’un moine parmi les musulmans :   « Des moines en pays non chrétien…pas d’avenir. C’est clair, mais la conscience d‘une présence à vivre ici : service de la prière et rencontre, visitation d’amitié, . Rien d’important, donc pas de structures lourdes. Mais quand même une maison dans la Maison de l’islam…une petite chambre d’ami ouvrant sur intérieur qui nous unit. »                  (Teissier, Fr. Christophe, p.68). Et quand la situation devient plus grave, cette réflexion : « Il est question de bien plus qu’un monastère à défendre. La mission du peuple qui souffre ouvre bien grande la maison de prière » (Teissier, Fr. Christophe, p.71). Dans une lettre à l’archevêque d ‘Alger il écrit : « le prêtre est appelé à servir le don de Dieu, afin que tous y aient part. Ce don traverse l’islam et agit au cœur de la foi de ses croyants. » (Teissier, Christophe, p.68). ou encore «  Etre ton disciple c’est d’être là à Tibhirine . Il s’agit d’être ici comme des « vivants » de Toi : jusqu’au désintéressement extrême… Venir en Algérie par Toi, c’est un mouvement d’amour infini et précis : va, aime ce peuple, sois le serviteur de mon  je t’aime » (Teissier, Christophe, p.70).

On rejoint dans ces expressions les sommets que le Fr.  Christian exprime dans son testament : « Ma mort, naturellement paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste…Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libéré ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l’islam, tels qu’il les voit, tout illuminé de la gloire du  Christ , fruits de sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences »  (L’invincible espérance p.223)  

Conclusions

Je m’excuse une nouvelle fois de n’avoir pas pu faire ce parcours en évoquant les engagements semblables dans les autres pays du Maghreb. Il aurait été, en effet intéressant, par exemple, de voir comment l’Eglise de Tunisie a accompagné le passage à la nouvelle réalité socio-politique née du « printemps arabe », mais cela nous aurait entrainé, comme je l’ai dit, dans une exposé trop long et trop complexe, chaque pays ayant son contexte propre.

Il me serait facile de reprendre d’autres exemples similaires évoquant la vie des chrétiens les plus engagés en Algérie dans un combat pour l’homme significatif avec des partenaires musulmans. On se rappellera que ces témoignages nous ont été donnés dans un  contexte particulier, qui rendait la communication plus difficile. Il s’agissait d’une période de temps qui correspond aux cinquante années écoulées depuis l’indépendance de l’Algérie. La société algérienne gardait un souvenir très fort des souffrances de la guerre de libération. Ces souvenirs auraient pu bloquer la relation entre les chrétiens, le plus souvent d’origine française, et les Algériens presque tous musulmans Mais, malgré ce contexte, les personnes au cœur ouvert peuvent cependant accueillir les témoignages qui viennent des chrétiens qu’ils rencontrent et travailler avec pour l’homme. Je pense que les exemples fournis auront suffi à faire comprendre  la conception  du témoignage et du dialogue que nous vivons et que je voulais évoquer.

J’en donnerai cependant un  autre encore qui rejoint bine notre thème du  « combat commun pour l’homme ». Après l’assassinat de Mgr Claverie une algérienne musulmane d’Oran nous a écrit ce témoignage. Je la cite « L’homme de demain est en train de se construire, et l’Eglise d ‘Algérie est là pour cela. C’est pour cela que je fais appel aux forces de Dieu et de l’amour de Dieu, à l’intérieur comme à l’extérieur : pour que nous ne baissions pas les bras. C’est une destinée commune, des valeurs communes qui forgent cette espérance de vie, cette soif de paix dans le respect et la tolérance…Merci à l’Eglise d’avoir laissé sa porte ouverte : elle découvre l’homme nouveau. Et ensemble nous découvrons Dieu. Car  Dieu n’est pas une propriété privée. »

Du coté de l’Eglise catholique nous avons reçu les mêmes soutiens. Dans la période des attentats contre notre communauté le pape Jean-Paul II m’a envoyé une lettre émouvante qui nous apportait son soutien alors que nous traversions une situation très difficile. Je voudrais en partager avec vous les principaux passages. Ce texte prouvera que la forme de vie et de combat commun avec nos partenaires musulmans est bien reconnue au centre de l’Eglise catholique comme une vocation vraiment nourrie d’évangile : « Je désire vous redire ma profonde gratitude pour le travail que vous accomplissez en Algérie, dans le sillage de vos devanciers, avec la collaboration des prêtres, des religieux et religieuses et des laîcs missionnaires…résolus à poursuivre leur vie de témoignage et d’amour, malgré les risques encourus. Dans le but d’ouvrir vos frères et soeurs algériens au mystère du salut et au don de Dieu, vous avez partagé la vie (des algériens), du mouvement même dont le Christ, par son incarnation s’est lié à la société des hommes de son temps. Vous êtes allés vers eux appréciant leurs valeurs et leurs cultures, désireux de les aider à bâtir, dans le respect d’autrui, une société aux membres solidaires les uns des autres. Soyez assurés que loin d’avoir œuvré en vain, les communautés ecclésiales d’Algérie ont contribué à l’avènement du Royaume, de cette manière cachée et féconde qui fut celle d’un grand homme de Dieu de votre région, le P.  Charles de Foucauld. » 

Beyrouth, le 18 octobre 2012

Campus des sciences Humaines

Henri Teissier

Archevêque émérite d’Alger

 

 

 

 

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