Musulmans d’Occident solidaires des Chrétiens d’Orient !

Pour une indignation non-sélective

Par Ramousi Mohamed – Théologien

Lorsque l’état de crise est décrété, peu d’oreilles attentives entendent ce qu’endurent les minorités présentes dans les régions en conflit. Nous avons encore tous en tête l’épisode tragique des moines du monastère de Tibhirine en Algérie. Un massacre perpétré par un groupe dissident d’un parti politique déchu qui tenta de prendre le pouvoir d’un État à majorité musulmane dans les années 90. Une fois de plus, l’histoire se répètera-t-elle ?

Aujourd’hui, alors que les forces en présence au Machrek, que ce soit en Syrie, en Égypte et peut-être même bientôt au Liban, sont à couteaux tirés. Les Droits de l’Homme sont plus que bafoués et nous restons sans nouvelles de citoyens et parmi eux des jésuites, évêques orthodoxes et bien d’autres.

Force nous est de mentionner qu’il est plus que nécessaire que des voix musulmanes dénoncent aussi les violences infligées aux minorités chrétiennes innocentes et cela, sans compromission, aucune. La santé démocratique d’une société civile se jauge à travers le traitement de ses minorités, partenaires à part entière de la société. En tant que musulman d’Occident, je reste solidaire des chrétiens d’Orient dans cette situation difficile. La protection du citoyen et de sa liberté de conscience constitue le leitmotiv d’une société moderne et équitable. L’intellectuel musulman éclairé Ibn Khaldun  disait que « la justice est la base de toute civilisation ».

Indéniablement, les retournements de situation favorisent l’hostilité et stimulent la polarisation. La situation chaotique généralisée présentant de manière biaisée ces sociétés comme uniquement musulmanes dans cette partie du monde ne doit pas nous faire oublier les églises incendiées, les écoles et l’orphelinat chrétiens dévastés. Cela est une réalité qu’il est important de condamner avec la même intensité car les lieux de culte et la vie humaine sont sacrés qu’importe leur religion d’appartenance. En effet, la justice ne peut être sélective, elle se soucie du sort de tous et particulièrement des plus vulnérables.

Une gestion non violente est plus que nécessaire pour que ne s’embrasent ces tentations de violences au sein de la société civile. Aux prémices de l’islam déjà, l’accent était mis sur le sort des minorités chrétiennes en terre d’islam. Pour exemple, lorsqu’un copte sortit triomphant d’une course à cheval contre le fils de l’émir de l’Égypte de l’année 640. Furieux, ce dernier l’emprisonna mais le copte s’échappa de sa geôle et se rendit à la capitale du monde musulman de l’époque, Médine, où il présenta son cas au calife Omar. Ce dernier lui donna raison, sanctionna sévèrement le fils de l’émir et prononça cette formule notoire, entrée dans la culture du monde arabo-musulman : « comment pouvez-vous avilir les hommes, alors que leurs mères les ont engendrés libres !».

Il n’existe pas de justification théologique ou tout simplement raisonnée valable pour cibler aussi injustement des citoyens sous prétexte de leur choix confessionnel, la justice est l’anse même de la tradition musulmane. Un verset coranique note sans aucune ambiguïté que « Dieu n’aime pas les injustes » (Coran 3/142) et la tradition prophétique nous enseigne que « Dieu s’est interdit l’injustice et vous l’a interdite ». Chrétiens, musulmans ou autres, tous ont droit à la sécurité, à la justice et à l’émancipation selon leur choix de vie. C’est dans ces moments précis que la solidarité et une condamnation sans équivoque sont des plus précieuses.   

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