Face au fanatisme religieux, une théologienne libanaise parie sur l’éducation

PORTRAIT

Roula Talhouk Théologienne. Engagée dans l’aide aux réfugiés irakiens au Liban, Roula Talhouk coordonne un master en relations islamo-chrétiennes à l’université Saint-Joseph de Beyrouth.

« Face à tout ce fanatisme en Irak, en Syrie et dans toute la région, il n’y a que le Liban qui peut agir: nous avons été pionniers pour gérer la diversité confessionnelle, nous devons continuer à l’être. » Pour Roula Talhouk, 43 ans, le master en relations islamo-chrétiennes que l’université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ) propose depuis 2007 en est la meilleure preuve. Alliant un volet académique à un autre très « pratique », par le biais de stages, de formations à la gestion des conflits ou à la communication non-violente, mais aussi et surtout grâce aux amitiés nouées entre étudiants, ce programme est « unique au monde », souligne-t-elle.

Dans ce contexte de tensions confessionnelles exacerbées, la section arabe réalise chaque année un petit miracle: réunir des étudiants de toutes origines (Liban, Syrie, Égypte, Iran, Irak, Turquie et même Amérique du Nord) et de toutes religions. L’an dernier, un prêtre grec-catholique syrien côtoyait des coptes catholiques, un Égyptien sunnite un jeune Turc et« des Iraniennes voilées de la tête aux pieds »« Nous avons même eu comme élève un imam irakien, élève de l’ayatollah Sistani, qui avait reçu une bourse du gouvernement. Ses préjugés ont disparu quand il a vu que nous mettions la pensée, l’étude des sciences au service de la religion », raconte Roula Talhouk. Depuis, l’université jésuite a signé une convention avec sa consœur de Koufa en Irak et le ministère de l’enseignement supérieur… C’est donc à la relance de la section en langue française que s’attelle la jeune femme, toujours avec l’objectif de former éducateurs, médiateurs, membres d’ONG à la « gestion démocratique du pluralisme religieux ».

La vie de Roula Talhouk est, elle-même, un morceau de ce puzzle moyen-oriental. Fille de diplomate, elle se faufile entre les communautés, grâce à son prénom arabe, son nom druze et son appartenance à l’Église catholique maronite. « Par le biais des stages, je veux permettre à mes étudiants de se plonger eux aussi dans des bains culturels différents, pour qu’ils découvrent que la vérité, personne ne la détient seul », résume cette docteur en théologie pratique et anthropologue spécialiste du chiisme duodécimain. Elle-même participe depuis un an aux actions menées par « Marhaba » (« Dieu est amour » en syriaque), un groupe fondé par trois étudiants de l’USJ pour venir en aide aux réfugiés irakiens au Liban.

Toujours aussi battante malgré les épreuves, et avec le soutien du P. Salim Daccache, recteur de l’USJ, Roula Talhouk poursuit au fond l’œuvre des fondateurs – chrétiens et musulmans – de l’Institut d’études islamo-chrétiennes: en 1977, douze ans après la déclaration Nostra aetate et en pleine guerre civile libanaise, ils font le pari de mener un effort« intellectuel » sur la coexistence confessionnelle, avec des étudiants contraints de jongler avec la ligne de démarcation qui traverse le campus.« Ils ont tenu le coup. Nous aussi, nous devons maintenir ce pari de l’éducation contre le fondamentalisme et la violence. »

 HOFFNER Anne-Bénédicte

2/9/14 – 00 H 00

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