Une formation qui dépasse les frontières

Le 17/2/2014

 

 

Comment je me suis inscrite au Master en Relations Islamo-Chrétiennes à l’Université Saint-Joseph

Karell Rabin*

 

La réflexion islamo-chrétienne née au Liban dépasse des frontières, tout comme elle ne se limite pas à une réflexion religieuse, mais multidimensionnelle et mondiale. J’en ai eu l’expérience à l’Université Saint-Joseph.

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Au printemps de mes 20 ans, je venais de terminer mon Baccalauréat des Arts en Études du Moyen-Orient et Anthropologie à l’Université McGill à Montréal au Canada. Ayant passé toute mon adolescence dans l’intimité de la diaspora libanaise de Montréal, je rêvais de retourner aux sources.

Ce fut chose faite au cours de l’été 2010, où je rencontrais mon plus proche confident et par qui l’initiation au Liban se devait de passer. A l’automne, je songeais à un autre avenir que celui qui m’attendait en France, mon pays d’origine.

A la préférence de mes parents, scientifiques et rationnels, se profilent trois choix possibles : soit de me lancer dans des études de droit au Canada, soit, ce qu’ils me cèdent à contrecœur, de continuer les sciences humaines dans mon pays d’origine, soit de travailler, bien que toute fille de bonne famille se doit de continuer ses études.

Je refuse un premier emploi prometteur dans la mode et je quitte la maison pour rentrer au pays, à Aix-en-Provence, à Marseille, en Méditerranée, avec aussi le sentiment d’être ainsi plus proche du Liban.

Au moment de l’inscription finale à l’université, je balance entre les spécialisations : Orient moderne ou Orient ancien pour lequel mon bagage théorique est plus faible, entre m’orienter davantage vers les relations internationales ou davantage vers l’origine des civilisations, entre me tourner vers l’avenir ou vers le passé.

J’opte pour l’Orient moderne mais, à ma grande déception, pas un seul des séminaires proposés ne traite des relations internationales entre Orient et Occident, pas plus qu’on ne fait mention de la religion, pierre de touche politique, autrement que dans les références bibliographiques. Le département des Sciences politiques est de l’autre côté du campus et les sciences religieuses n’ont jamais fait partie du cursus universitaire public national.

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Dès septembre, l’année universitaire à peine commencée et commencée avec peine, je me connecte sur la toile et tape : « Liban Études Orient Occident » dans le moteur de recherche. J’exige d’apprendre. Quel est l’endroit plus stratégique que sur la faille libanaise, aux confins de l’Asie, l’Afrique et l’Europe, qui joint ce qu’on appelle plus que jamais « Occident » et  « Orient »? Quel plus grand laboratoire de recherche que le Liban, où ne cessent les réactions en chaîne sous les yeux éblouis des curieux comme des chercheurs!

Dans la liste des tous premiers sites apparaît celui de l’IEIC, Institut d’Études Islamo-Chrétiennes de l’Université Saint-Joseph. Je contacte par email le premier nom en exergue, celui du directeur, P. Aziz Hallak, qui m’informe que, bien que le descriptif de la formation soit traduit en français, les cours sont en arabe. Il me remercie de mon intérêt, dont je ne me doute pas et par lequel tout a commencé.

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J’opte une nouvelle fois pour la passion plutôt que ce que le commun considère comme la raison. Je ne suis pas encore installée dans la routine de ma nouvelle vie qu’à chaque semaine libre je prends le premier vol de Marseille qui m’amène avec détours jusqu’à Beyrouth. Un voyage que je sens décisif. Je me lance à l’assaut des universités avec le soutien infaillible de ma famille libanaise.

Ces expéditions sur le terrain donnent de timides résultats. Pour des raisons administratives d’équivalence, aucune université n’est prête à prendre le risque d’inscrire une étudiante étrangère au profil aussi difficile. Je frappe à toutes les portes. Il n’y a que l’Université Saint-Joseph qui m’ouvre. Comme je l’espérais, il y a  la promesse d’une filière francophone du Master en Relations Islamo-Chrétiennes, et moi-même la première inscrite.

L’heure du retour approche, et je me résoudrais presque à rentrer à Aix. Me vient alors une idée qui ne me vient jamais en vacances, et encore moins les lendemains de fête comme au jour de l’An : consulter mon courriel.  Le 25 décembre, c’était peut-être le 27, mais c’est le jour de la Nativité dont je me suis souvenu symboliquement. Je recevais en cadeau, comme un coup de main du destin, un email de quelques mots de la part d’une adresse inconnue.

Je reconnaîtrais plus tard la manière de faire si singulière du R.P. Salim Daccache, alors Doyen de la Faculté des Sciences Religieuses, qui veille aujourd’hui sur nous du haut du Rectorat. Il m’apprend que l’Université est en cours de discussion autour de la création d’une filière francophone d’études islamo-chrétiennes, prévue pour septembre 2011. Il me propose d’être l’une des premières étudiantes officieusement inscrite.

Il me reste deux jours avant de prendre l’avion. Le Programme de l’Institut ouvre en septembre et, d’ici là, il faut se décider : Rester en France au risque d’échouer ou tenter ma chance à l’étranger ? Je crois que je n’ai même pas hésité. J’ai pris la route qui relie la ville côtière de Jounié à sa capitale, Beyrouth.  C’est contre tous les courants que j’ai vécu ma première histoire avec le Liban. C’était peut-être écrit.

Je quitte la France en trois jours et trois nuits. Je m’inscris à des cours à la Faculté de Sciences Religieuses dont dépend l’Institut d’Études Islamo-Chrétiennes, en attendant l’ouverture du Master pour, le cas échéant,  poursuivre en Sciences Religieuses. Il convient de souligner que les deux Masters mènent au même doctorat, et que ces deux formations ont un corpus de cours en commun.

J’ai exigé d’apprendre, et j’ai choisi de continuer conjointement les deux Masters, ainsi que deux mémoires de recherche distincts. Ma formation en Sciences Religieuses m’a armée pour mieux me préparer au Dialogue islamo-chrétien.

La Faculté des Sciences Religieuses m’a suivie et soutenue à travers la personne du Doyen, P. Thom Sicking, qui m’a encadrée et donnée la force de poursuivre une entreprise jamais acquise. L’Institut d’Études Islamo-Chrétiennes, par l’immense ouverture d’esprit qu’il tient du Pr. Antoine Messarra, m’a permis de concrétiser une réflexion toute personnelle commencée de jeunesse, mais arrivée à maturité au Liban. Ma recherche porte sur le sujet : « L’émergence d’un dialogue national dans la diaspora libanaise. Etude de cas à Montréal-Canada ».

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Depuis son lancement, les origines et les horizons contrastés de chacun des participants qui ont rejoint le Département ont été des plus métissés, dans la branche arabophone comme dans la branche francophone. Les disparités d’âge, d’origine, de croyances, de visions, ont permis d’enrichir l’expérience étudiante en développant des dialogues dans le Dialogue et, à chaque conférence générale, il y a la confrontation tant attendue des orientaux et des occidentaux.

Les étudiants ont reconnu leur chance de pouvoir baser leur recherche au Liban. Libanais ou étrangers, ceux qui l’ont souhaité ont voyagé dans d’autres contrées. La réflexion islamo-chrétienne au Liban et à l’Université Saint-Joseph dépasse les frontières et les cloisonnements académiques, tout comme elle ne se limite pas à une réflexion religieuse, mais multidimensionnelle et mondiale.

 

 * Etudiante, de nationalité française, en fin de cursus au Master en relations islamo-chrétiennes à l’Université Saint-Joseph.

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