Jean-Mohammed Abd-el-Jalil

Prophètes du dialogue islamo-chrétien

Des quatre prophètes dont les biographies sont brièvement présentées par le père Borrmans, Jean-Mohammed Abd-el-Jalil est le seul qui soit d’origine musulmane. Né à Fès en 1904, éduqué dans un islam intransigeant qu’il pratiquait de façon rigide, hostile aux formes de christianisme dont il n’avait qu’une connaissance superficielle, c’est son parcours scolaire et universitaire qui l’amène, grâce à de nombreuses amitiés et influences françaises, à se convertir au catholicisme en 1928. Louis Massignon est son parrain de baptême. Il entre chez les Franciscains en 1929 et est ordonné prêtre en 1935. De par sa double appartenance religieuse et culturelle, il est bien placé pour aider à la compréhension de l’islam et de la civilisation musulmane par les chrétiens. M. Borrmans montre à travers le résumé de son itinéraire qu’il réussit parfaitement à transmettre aux chrétiens une lecture fidèle de sa religion d’origine tout en restant fidèle à sa foi catholique.

Le père Jean-Mohammed constate en effet que l’Occident chrétien a un jugement approximatif sur l’islam, des vues rapides, simplistes et parfois intéressées sur le monde musulman. Il exhorte les chrétiens à engager le dialogue pour une conciliation des vues entre les musulmans et eux. En 1938, ses échanges épistolaires avec Mgr Montini, le futur Pape Paul VI, alors Secrétaire d’État du Vatican, a permis au prélat de découvrir la profondeur et l’ouverture de son esprit de jeune prêtre franciscain. Il fera de Jean-Mohammed un conseiller très écouté dans la préparation des textes conciliaires.

À travers son réseau de relations en France, fait de chrétiens authentiques et d’hommes de culture manifestant une véritable volonté d’ouverture au monde musulman, Jean-Mohammed Abd-el-Jalil est satisfait de voir que les chrétiens font des efforts pour situer l’islam dans l’histoire religieuse de l’humanité afin de rendre compte de son contenu sans le défigurer. Mais au regard des connaissances encore très superficielles des chrétiens sur l’islam, il avertit que des efforts restent à faire pour comprendre cette religion de son point de vue intérieur. Il reconnaît que du côté musulman les positions restent limitées à des conceptions traditionnelles peu favorables à l’émergence d’un vrai dialogue. Il se saisit de l’éclatement de la crise palestinienne au lendemain de la création d’Israël, en 1948, pour donner sa lecture de la crise et exhorter les chrétiens à persévérer dans leurs efforts pour comprendre les autres, y compris les musulmans, et à ne pas attendre d’eux la manifestation d’une réciprocité qui tarde à venir. Il invite les chrétiens à «pratiquer une hospitalité compréhensive consistant à apprendre de l’autre son patrimoine spirituel afin d’en apprécier l’expérience religieuse à sa juste valeur»; à s’en tenir à une «objectivité réaliste en situant l’expérience religieuse des autres dans son contexte historique et sociologique»; à pratiquer une «solidarité christique» en s’impliquant dans toute recherche loyale du mystère de Dieu.

Maurice Borrmans

Prophètes du dialogue islamo-chrétien

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